Un long voyage au dessus du monde

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Arrivée avion malaisie

Nous sommes le vendredi 10 avril 2009, il est 4h45 du matin, je m’empresse de gagner la gare SNCF. Hier mes camarades et amis ont répondu présents à mon invitation, et nous avons fêté dignement ce long voyage qui viendra clôturer cette première année de Master. Je suis rentré tôt pour terminer ma valise et essayer de dormir un peu, mais la fatigue se fait sentir.

 

Mon téléphone sonne. Je décroche, Pierre : «Ba alors t’es où ? On t’attend, on est sur le quai !!». Grosse surprise, en effet sur le quai de la gare Pierre, Julien, Cédric, Ticha et Lulu les deux copines sont là. Ils me l’avaient promis et ils l’ont fait, il est 4h50, ils ont veillé jusque là pour me faire un dernier coucou. Le moment est fort en émotions, et je ne suis pas près de l’oublier. Dernières  embrassades avant 2 mois loin de tous, de l’autre côté du monde… Merci, je vous adore !!!

 

4h57, les portes du TGV se referment, derniers baisers qui s’envolent vers le quai et petite larme. C’est le début de mon long périple au-dessus du monde.

 

Voilà un peu plus de 4h que je suis dans ce train, me voici sur le point d’arriver en gare de Paris- Montparnasse avec 30 min de retard pour un train me précédant qui souffre d’une avarie. Le RER B est hors service, la gare est pleine de voyageurs en partance pour le long week-end de Pâques. Pour faire face à l’afflux de voyageurs la RATP a mis en place des bus vers l’aéroport, mais tous sont pleins et c’est impossible d’en avoir un avant une bonne heure. Comme chaque fois, la situation est critique, car mon avion décolle à 12h de Roissy, et il est déjà 9h20. Je décide de miser sur les bus AirFrance qui convoient directement les passagers vers les aéroports depuis la gare, mais là encore c’est mal parti le trottoir est bondé de passagers en colère chargés de valises. Il n’y a plus de place dans le bus pour Roissy, je suis coincé.

 

Mais bon c’est comme ça, inutile de s’énerver, je n’ai aucune solution alternative, tous les taxis sont complets, je reviens vers le bus de Roissy. Coup de théâtre, un passager en colère descend, on refuse de faire monter sa femme, il n’y a qu’une seule place. Je suis devant la porte, la conductrice est pressée, je lui dis que je suis seul avec une valise, elle me prend. Je crois que c’est ce que l’on appelle de la chance…

 

Plus qu’une seule place de libre dans le bus, je m’installe au fond sur la gauche aux côtés d’un homme d’une bonne cinquantaine, cheveux courts, et large sourire. Il est médecin et part en vacances quelques jours en Turquie pour décompresser. Il est espagnol, et vit en France depuis de nombreuses années, il est tombé amoureux de Paris en dernière année de médecine lors d’un voyage d’étude alors que l’Espagne était encore sous le régime de Franco. Nous sympathisons.

 

Il est 10h45 lorsque le bus s’arrête enfin devant le terminal 1 de Roissy. Mon voisin est inquiet, son avion décolle dans 45min, il faut espérer que l’enregistrement des bagages n’est pas terminé. Pour ma part c’est pareil, je dois trouver le guichet d’enregistrement de la compagnie Malaysia Airlines, mais je l’ai vu annoncé à l’autre bout du terminal 1 en arrivant en bus, je vais donc devoir tout retraverser à pied le plus vite possible. 15 min, c’est le temps qu’il me faut pour trouver le bon guichet, je suis le dernier passager pour l’enregistrement du vol Paris-Kuala Lumpur. Pfff… c’était moins une !!!

 

Sur mon billet d’embarquement il est inscrit 12h pour l’heure de départ, et 11h pour l’embarquement, je suis donc rick rack, il ne faut pas traîner. Je dois rejoindre le terminal 12B, il y en a plus de 80 sur l’aile B de Roissy et seulement 2 points d’enregistrement pour la douane. Une nouvelle fois c’est une mauvaise surprise, le terminal est inaccessible, la queue commence un étage en dessous du terminal dans l’escalator, tous les passagers sont excédés, certains doivent décoller à 11h30, et il est 11h15 !!!

 

Résigné je fais comme tout le monde j’attends et avance tout doucement dans cette file interminable, je n’en vois pas la fin, le poste de douane est de l’autre côté, hors de ma vue. Les agents de l’aéroport ne peuvent rien, ils m’assurent simplement que la compagnie viendra si nécessaire me chercher dans la file. Bizarre, mais j’ai du mal à y croire, comment feraient- ils pour me retrouver parmi plus de 500 passagers en file indienne sans haut-parleur ? Il est 11h35 je suis vraiment très inquiet pour mon avion cette fois, j’étais le dernier à l’enregistrement donc potentiellement le dernier à devoir passer la douane, puis le contrôle des bagages. Cela, en temps normal, prend environ 20 à 30 min… mais là nous ne sommes pas en temps normal. Alors que la file se replie sur elle- même une énième fois, on me tape sur l’épaule, c’est l’homme rencontré dans le bus, il est de l’autre côté du fil, il a une bonne trentaine de minutes d’avance sur moi. Il me fait signe de passer en- dessous du fil et de le rejoindre, mais je n’ose pas, les autres voyageurs sont déjà très énervés, et cela risque de mal finir, la police est déjà intervenue deux fois en procédant à des arrestations. Il insiste, plaisante avec les voyageurs autour, ouvre le cordon, m’attrape le bras et me voilà de l’autre côté. Je viens de gagner 30 précieuses minutes !!! Autour les gens s’agacent, mais sur le ton de l’humour tout fini par s’apaiser.

 

Il est 11h58 lorsque enfin je passe la douane, pour mon camarade d’infortune la situation est compromise son avion devait décoller voici 28 min… Nous nous séparons au pas de course, chacun vers notre terminal, pour lui le 27B, moi le 12B. Il ne me reste plus que 2 min avant l’heure officielle du décollage, sur les panneaux d’affichage, aucun retard n’est annoncé pour ce vol. Il me reste le contrôle des bagages avant de pouvoir accéder à l’espace d’embarquement, mais celui-ci est une fois de plus au bout d’interminables couloirs et d’escaliers. Pour ne rien arranger, l’escalator est évidement en panne. En arrivant à mi-chemin de ce dernier je retrouve une femme qui était juste devant moi à l’enregistrement des bagages, je ne suis plus le seul à être en retard, mais cela ne me rassure que légèrement, car que sont 2 voyageurs face à un avion qui en compte plus de 500…

 

Même topo que pour la douane, le contrôle est saturé, c’était à prévoir. Mon nom est annoncé avec celui d’une dizaine d’autres passagers pour un embarquement immédiat, il est 12h07 et je suis encore tout au bout de la file. Impossible de passer en priorité la police me bloque, j’insiste un peu trop et me voilà menacé d’aller au poste. Une famille est également dans cette situation, deux personnes devant moi, alors nous décidons de faire bloc, nous sommes 7 au total pour 2 policiers, ils ne feront pas le poids. Nous quittons la file et nous nous dirigeons directement vers le poste de contrôle. Là, la personne en charge du filtrage est très énervée, et refuse toujours de nous laisser passer nous assurant que l’avion ne décollera pas sans nous. Nous devons faire comme tout le monde !!! Il est 12h20. C’est le troisième appel de nos noms pour un embarquement immédiat… et le dernier !! Cette fois la femme cède et nous laisse passer, mais pas tous en même temps, un toutes les 2 personnes… et nous sommes 18 maintenant, les autres voyageurs du vol bloqué comme nous, nous ont rejoint.

 

Il est finalement un peu plus de midi et demi lorsque je monte dans l’avion, il reste 2 voyageurs derrière moi.

12h54 nous quittons le terminal d’embarquement en direction de la piste, nous avons 54 min de retard, un retard non annoncé sur les panneaux d’affichage.

 

Le vol se déroule normalement jusqu’à Kuala Lumpur, mais c’est long, très long 15h assis dans un zinc qui vole à plus de 900km/h par 12 000 mètres d’altitude !!! Dehors il fait jusqu’à -78°C. Nous survolons la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, la Mer noire, la Turquie, l’Irak, l’Afghanistan, je suis très surpris car ce sont des pays en guerre, le Pakistan, l’Inde et enfin l’Océan indien. J’ai la sensation d’avoir survolé la carte du monde. Il est 6h58 heure locale lorsqu’enfin nous atterrissons. En France il est 6 heures de moins soit presque minuit. Comme à mon habitude j’ai très mal aux oreilles, et je n’entends presque plus rien. Mon prochain avion pour Kuala Terengganu doit décoller à 8h heure locale, soit dans une petite heure. Ici pas de grosse foule pour passer les contrôles, il est tôt. L’aéroport est tout neuf, une odeur de propre et un parfum de fleur tropicale flotte dans l’air.

 

Mes bagages doivent changer automatiquement d’avion je dois simplement venir me présenter au terminal d’embarquement avec mon passeport et mon bagage à main. Pour une fois tout est simple, ça change de Paris et de mes péripéties !!! Une nouvelle fois, me voilà contraint de tout vider pour le passage au rayon X, car comme le Mac est en aluminium ils ne peuvent rien voir à l’intérieur du sac. Ca c’est con comme dirait l’autre…

 

Il est 8h, l’avion décolle cette fois vers Kuala Terengganu. Temps de vol estimé à 45 min. Je suis côté hublot, c’est l’occasion de découvrir le relief du pays. Atterrissage en douceur à l’heure prévue, soit environ 9h30 heure locale, 3h30 heure française. Nous sommes le 11 avril 2009, je pose pour la seconde fois le pied sur le sol malaysien à plus de 13 000 km de Lorient.

 

Le moment fatidique arrive, il me faut récupérer ma valise. Le tapis défile, mais aucune trace de ma valise, comme toujours je suis un peu inquiet, je n’ai que trop souvent vu des bagages égarés. Mais bon qui sait parfois il faut savoir être patient… Deux autres personnes attendent tout comme moi. Rien, le tapis s’arrête, sans nos bagages. Plus qu’une seule chose à faire, trouver le guichet de la compagnie aérienne et faire une déposition pour perte de bagages, évidement en anglais. Je profite de l’un de mes camarades d’infortune qui est anglais, et qui connaît l’aéroport, ce n’est pas la première fois qu’il vient ici à Terengganu.

 

Je passe dans le hall de sortie, 4 ou 5 personnes sont là attendant visiblement quelqu’un, certains portent des pancartes avec des noms inscrits dessus, mais je ne vois pas le mien, qu’importe, pour le moment c’est de ma valise que je dois m’occuper. En montant sur l’escalator je remarque un jeune homme en bas qui me regarde avec insistance, je suppose qu’il s’agit de Thiru, l’étudiant chargé de m’accueillir. Trop tard je suis à mi- chemin, et mon camarade d’infortune est derrière moi. Une fois à l’étage je repère effectivement le guichet de la compagnie, une femme portant l’uniforme de la compagnie et un voile blanc y est assise. Je décide de redescendre pour aller à la rencontre de mon supposé guide, car s’il ne me voit pas il risque de croire que je n’ai pas pris ce vol. Je le retrouve en bas de l’escalator là où je l’avais laissé. Je me présente et lui explique rapidement la situation et lui indique mon intention d’aller au guichet de la compagnie à l’étage, d’où mon premier passage. Il m’accompagne. C’est utile car la situation ne semble pas claire pour l’hôtesse, pour elle mes bagages n’ont jamais quitté Paris.

 

Il est 10h du matin ici en Malaisie, et je n’ai avec moi qu’un sac à dos avec mon ordinateur, un sweat-shirt, une veste de pluie et des tennis aux pieds. L’hôtesse pense qu’au mieux mes bagages devraient arriver demain à Kuala Lumpur avec le prochain vol Paris-Kuala Lumpur, mais elle n’est sûre de rien. Une fois à Kuala Lumpur elle pourra faire venir ma valise ici avec le vol du matin ou de l’après-midi. Mais elle est très perplexe car elle ne trouve aucun bagage d’enregistré à mon nom depuis Paris. La température à l’extérieur est de 31°C (et nous ne sommes que tôt le matin), il fait moite, comme toujours ici m’annonce mon guide. Trop cool !!!

 

Bon ba pas la peine de vous faire un dessin, tout va pour le mieux, je n’ai pas de bagages, donc pas de vêtements de rechange, pas de trousse de toilette, pas de serviette. Mal aux oreilles comme à chaque atterrissage, même si cela va mieux qu’a mon arrivée à Kuala Lumpur, nous sommes descendus plus lentement cette fois-ci. Et bien entendu aucune assurance qu’en au fait de retrouver un jour ma valise. Thiru me dit avec humour qu’ici je n’aurai  pas besoin de grand-chose comme vêtements, et que nous verrons demain matin à l’aéroport avec l’arrivée du vol équivalent à celui que je viens de prendre. Mouais pas convaincu le gaillard !!!

 

Bon, ceci mis à part et la température à crever, le paysage est plutôt sympa, c’est très verdoyant. On fait un tour rapide en voiture aux alentours de l’aéroport pour me faire visiter (je soupçonne Thiru de vouloir me faire oublier cette histoire de bagages…). Nous sommes dans une voiture avec chauffeur mise toute spécialement à ma disposition pour mon arrivée par l’université. Plutôt cool cet accueil. Il me propose d’aller faire quelques courses au super marché, pour acheter de l’eau et un ou deux autres trucs à grignoter, car dans la résidence je n’aurai  rien et nous sommes samedi, équivalent d’un dimanche en France. Je passe aussi au distributeur retirer de la monnaie locale.

 

Il est 11h 30 lorsque nous rentrons sur le campus de l’Université de Terengganu. Le campus est très vaste, des bâtiments sont en construction un peu partout, mon guide m’explique que l’université est en pleine expansion et va devenir l’une des plus grandes de l’état. En ce moment ils touchent plusieurs millions par an pour se développer. Devant moi ils construisent une piscine olympique !! Nous faisons un bref passage devant l’institut d’océanographie où je dois travailler. Il est presque midi, direction mon hôtel, en fait c’est la plus grande résidence universitaire du campus, elle est située à l’opposé de l’institut à 20 min de marche environ avec cette chaleur (10 sans doute si nous étions en Bretagne !!).

 

J’ai la chambre n°1 couloir 205 bâtiment B, pas facile de s’y retrouver dans ce dédale de couloir, nous nous y perdons deux fois, tout semble agencé en cubes à l’intérieur avec des cages d’escaliers toutes identiques. Dans la chambre il y a 2 lits, 2 armoires, 2 bureaux, mais pas de chaise, ni de climatisation. Seul un ventilateur trône au beau milieu du plafond faisant face au ciment du sol. Il y fait une chaleur à mourir, et pourtant il tourne à plein régime. Mon guide me confie la clef, me dit de ne pas m’inquiéter pour ma valise une nouvelle fois. Demain matin la voiture passera me prendre à 9h 30 devant la grille de la résidence pour me conduire à l’aéroport et faire le point avec la compagnie aérienne.

 

Voilà je suis assis sur le bord du lit en sueur, trempé, impossible de faire une douche je n’ai rien pour m’essuyer , ni savon, et je me vois mal aller demander ça à mes nouveaux voisins… Mon sac d’ordinateur trône au milieu de la chambre.

 

Je crois que je vais dormir, besoin de faire le vide là…

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4 Réponses to “Un long voyage au dessus du monde”

  1. Nathalie Says:

    J’espère que tout va mieux et surtout que tu as retrouvé ta valise. Mets ton matelas par terre pour dormir si tu as trop chaud. Tu vas apprécier le labo, il y fait toujours plus frais avec la climatisation. Profite bien de ton expérience. 20°C aujourd’hui en Bretagne, j’étais avec Diane, Antoine et Camille à une journée scientifique sur les problèmes de mortalité estivale de l’huître à Fouesnant, la campagne était belle et fraiche !
    Bonne continuation
    Nathalie

  2. Ternog Says:

    Merci 😉
    Désolé, je n’avais pas vu votre commentaire. Je tiens un autre blog spécifique pour ce voyage.

  3. hilaire Says:

    passionnant ce voyage mets des photos en +

    éclate toi bien

    vincent

  4. Ternog Says:

    Merci Vince 😉
    passe sur le site à cette adresse tu verras il y a plein de photos et films : http://www.malaysia2009.ternog.org
    A+
    Noan

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